Bâtir vivant « Nous sommes au seuil d’un changement profond de société »

XXO
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Biennale Bâtir Vivant - 2>12 avril 2026 - Paris 75008

À l’occasion de Bâtir vivant, troisième biennale initiée par l’Institut pour un design soutenable, Hélène Aguilar et Marie-Cassandre Bultheel croisent leurs regards. À Paris, du 2 au 12 avril 2026, l’événement rassemble celles et ceux qui expérimentent de nouvelles manières de concevoir, affranchies de toute empreinte plastique ou polluante. Entre recherches, gestes, prospective et intuitions, 40 participants — designers-chercheurs, inventeurs, porteurs de projets — y présentent des « preuves de concept », aux côtés de 10 artistes invités, esquissant les contours d’un design en prise directe avec le vivant.

Une publication réalisée en partenariat avec nos amis de XXO (Xtra Xtra Original).

BÂTIR VIVANT
Biennale #3 de l’Institut pour un design soutenable
2 > 12 avril 2026 – 11:00-19:00
10, rue Lincoln 75008 Paris

Hélène Aguilar et Marie-Cassandre Bultheel incarnent une nouvelle génération d’actrices du design et de l’écologie, à la croisée de la matière, du sens et du vivant.

Hélène Aguilar s’est imposée comme une voix singulière dans le paysage du design contemporain avec son podcast Où est le beau ?, devenu une référence dans les milieux de l’architecture intérieure, de l’artisanat et de la création. Au travers de ses rencontres, elle explore une idée centrale : celle d’un beau capable de régénérer, de nourrir et de répondre aux défis environnementaux et sociétaux. En 2021, elle fonde l’Institut pour un design soutenable, avec l’ambition de rendre visibles et accessibles les pratiques qui réconcilient esthétique et écologie.

À ses côtés, Marie-Cassandre Bultheel prolonge cette exploration en y intégrant une lecture sensible et globale du vivant. Auteure et entrepreneure engagée, elle développe depuis plusieurs années une réflexion autour de « l’écologie de l’Être », qui place la transformation intérieure au cœur des mutations collectives. Au fil de ses ouvrages et par son accompagnement de projets, elle défend une approche sensible et globale de la durabilité, où responsabilité individuelle et intelligence du vivant sont indissociables.

Marie-Cassandre Bultheel
Marie-Cassandre Bultheel © Justine Hern
Hélène Aguilar
Hélène Aguilar © Anoussa Che

Ensemble, elles œuvrent au sein de l’Institut pour un design soutenable, structure d’intérêt général dédiée à la diffusion d’un design plus responsable. Pensée comme un espace de recherche, de transmission et d’expérimentation, cette initiative fédère designers, architectes, artisans, artistes et chercheurs, autour d’une même ambition : faire émerger des pratiques capables de transformer nos manières de produire, d’habiter et de percevoir le monde.

Dans son manifeste, l’Institut pour un design soutenable revendique ainsi des rendez-vous et des actions pour démontrer, à la manière des preuves de concepts, que :

• réparer le passé pour préparer le futur est fondamental 
• faire différemment est possible 
• accepter de se soumettre aux lois biologiques de notre planète amène à découvrir la beauté du monde

Expositions, biennales, conférences et visites apprenantes, ses initiatives dessinent peu à peu les contours d’une écologie créative et culturelle, où le design devient un levier de transition. Un design qui ne renonce ni à l’exigence esthétique, ni à son impact sur le vivant.

L’Institut pour un design soutenable
. https://www.designsoutenable.org/

Podcast Où est le beau ?
.
https://www.ouestlebeau.com/

House of Cassandre
. instagram.com/house_of_cassandre/

© Alison Demarte pour XXO

Vous lancez la troisième édition de votre Biennale. Quelle en est l’ambition ?

C’est en effet la troisième édition, après Frugale en 2021 et Amour vivant en 2023. Avec l’Institut pour un design soutenable, nous portons une conviction forte : aujourd’hui, il ne s’agit plus simplement d’ajuster un modèle existant. Nous sommes au seuil d’un changement profond de société.

Ce basculement dépasse largement le design : il touche l’ensemble de nos modes de vie, notamment avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Pour nous, la véritable révolution est ailleurs. Elle réside dans la conscience, envisagée comme une nouvelle matière première.

En quelques mots, comment  définiriez-vous cet évènement ?

C’est un moment miroir. Un temps collectif où l’on se confronte à une question essentielle : comment allons-nous habiter le monde demain, et avec quels matériaux ?

Nous ne pouvons plus concevoir d’espaces délétères pour la planète ou pour notre santé. Bâtir vivant propose donc des alternatives concrètes, pour sortir aussi d’une forme d’angoisse collective face à la crise écologique.

C’est également une affirmation. Le beau peut être une force de transformation.

Julien Beller © Jaade Visuals

Quelle place reste-t-il  pour la beauté dans le monde en crise que vous venez d’évoquer ?

Le design, ce n’est pas seulement la forme. Aujourd’hui, le fond est tout aussi essentiel. Forme et fond doivent dialoguer : sans cela, la forme devient une coquille vide. Créer du beau, aujourd’hui, c’est produire du sens et de l’impact — sur notre santé, sur l’environnement, sur nos sociétés.

Mais nous n’avons pas encore pleinement fait le lien entre le vivant extérieur et nos espaces intérieurs. Il reste une distance à combler.

À partir de là, peut-on statuer que le design dépasse désormais la simple création d’objets ?

Absolument. Le design ne sculpte plus seulement des objets : il façonne désormais nos comportements, nos valeurs, nos sociétés et, en définitive, notre futur.

C’est dans cette optique que nous avons cofondé l’Institut, avec l’envie d’ouvrir une porte vers le design de demain. Car les défis sont immenses, notamment en matière de matériaux.

Que découvrira-t-on concrètement lors de la Biennale ?

Un véritable voyage au cœur des alternatives. Nous préférons parler de « propositions » plutôt que de solutions.

Par exemple, des matériaux issus du monde fongique ou bactérien, comme le kombucha utilisé pour créer des surfaces. Ou encore une porcelaine nouvelle génération, conçue à partir de coquillages plutôt que de ressources terrestres.

Les mots resteront peut-être les mêmes, mais les matériaux — et les paradigmes — seront différents.

Minealithe © Jaade Visuals

En effet, il est de plus en plus question de nouveaux matériaux.

On assiste à une véritable effervescence. De nombreux designers, chercheurs et inventeurs travaillent aujourd’hui à créer de nouvelles « recettes » de matériaux qui n’existent pas encore.

Jusqu’ici, nous utilisions principalement des matériaux connus. Désormais, nous cherchons à élargir ce spectre, à explorer des territoires encore invisibles, presque impensables aujourd’hui.

Ce sont souvent des recherches menées dans l’ombre, sans commande initiale, mais qui dessinent déjà le futur du design, de l’architecture intérieure et de l’architecture.

Diriez-vous que Bâtir vivant s’inscrit au sein d’une nouvelle dynamique innovante et créative à l’échelle nationale ?

Oui. Nous avons été émerveillées par la puissance créative présente en France, longtemps restée sans véritable espace d’expression culturelle. Nous avons voulu créer un événement pour révéler ces talents.

Bâtir vivant est la troisième édition de notre biennale. Le mot « bâtir » est ici entendu au sens large : il ne s’agit pas seulement de construction, mais de notre manière d’habiter le monde.

Cette année, nous réunissons 40 participants, avec une exigence forte : une scénographie sans empreinte plastique. La scientifique Nathalie Gontard, chercheuse en science des emballages, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et pionnière de l’emballage alimentaire écologique, nous accompagne d’ailleurs pour garantir cette cohérence.

Dans le cadre de cet biennale, vous proposez des « visites apprenantes ». En quoi consistent-elles ?

Nous allons partager une grille de lecture du monde de demain, issue de plusieurs années de recherche avec des scientifiques. L’idée est d’aider les entreprises et les professionnels à mieux comprendre la matière : ses impacts environnementaux, sanitaires, mais aussi ses dimensions invisibles. Aujourd’hui, il est difficile de s’y retrouver entre labels, carbone et réalités souvent peu documentées.

Nous proposons une sorte de boussole pour éviter les pièges du greenwashing et faire des choix éclairés — même si, parfois, il s’agit simplement de choisir le « moins pire ».

Est-ce que la scénographie de la biennale est pensée comme un manifeste ?

Tout à fait. C’est un exercice extrêmement contraignant. Nous cherchons à concevoir un événement éphémère… qui ne génère pas de déchets.

Chaque matériau utilisé doit trouver un cycle après l’événement. Cela demande du temps, de l’intelligence collective, et une forte coopération avec nos partenaires.

Nous expérimentons en quelque sorte un prototype de ce que pourraient être les événements de demain.

Julien Beller © Jaade Visuals

Votre rencontre, puis votre collaboration, apparaissent aussi centrales qu’essentielles à ce dispositif ?

C’est une rencontre déterminante. Nous partageons une vision commune et une exigence forte sur ce que peut être le beau.

Nous avons sans doute une part d’utopie, mais aussi une vision à long terme. Nous avons le sentiment d’être au début de quelque chose d’extraordinaire : une réintégration de l’humain dans les cycles du vivant, à travers ses gestes créatifs.

Cette réflexion a-t-elle transformé vos pratiques personnelles ?

Oui, profondément. Cela demande de développer une véritable intelligence de la matière. On comprend vite qu’il n’existe pas de solution parfaite, mais plutôt une capacité à faire des choix plus justes.

Cela implique aussi de repenser notre rapport à la consommation : faire moins, mais mieux. Redonner de la valeur aux objets, au-delà de leur prix.

Serait-il temps d’évoquer un nouveau luxe ?

Oui. Pour nous, le luxe de demain sera une recherche de cohérence — entre fond et forme, entre intention et réalisation.

Cette cohérence se joue dans les détails, dans la matière, dans les choix invisibles. Elle devient la véritable signature.

Quels sont vos projets au-delà de Bâtir vivant, cette troisième édition de la biennale de l’Institut pour un design soutenable ?

Nous allons lancer un fonds de dotation pour soutenir ces inventeurs et designers-chercheurs. Ce sont eux qui imaginent les matériaux de demain.

Car au fond, tout converge vers une question essentielle : comment bâtir un monde réellement vivant ?

© Jaade Visuals

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