Laurent Courau « Intelligences artificielles et lampes d’Aladin : vers un réenchantement du monde ? »

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© Laurent Courau

Intelligences artificielles et lampes d’Aladin : vers un réenchantement du monde ? figurera dans l’introduction de la première monographie de Laurent Courau, annoncée pour la rentrée 2026.

Fidèle à ses racines punks et à l’underground des années 1980-1990 où il fit ses premiers pas encore adolescent, le réalisateur de Vampyres, des Sources occultes et fondateur de La Spirale y résume, non sans humour, la dynamique qui sous-tend son travail : opposer une résistance créative à la quantification du réel, invoquer de nouvelles mythologies à la hauteur du chaos contemporain, et renouer — par tous les moyens nécessaires, dont les arts et les sciences — avec les dimensions du merveilleux, du progrès et du sacré que notre époque s’acharne à oublier.

Comme l’écho d’une trajectoire où se croisent musique, édition sauvage et expérimentation culturelle, qui dit moins l’éclectisme que la cohérence d’un regard : celui d’un auteur convaincu que les territoires les plus fertiles se trouvent toujours sur les marges, loin des impératifs des médias de masse.

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Illustrations © Laurent Courau
© Laurent Courau

INTELLIGENCES ARTIFICIELLES & LAMPES D’ALADIN : VERS UN RÉENCHANTEMENT DU MONDE ?

Juillet 2022, l’annonce du licenciement d’un ingénieur du département Responsible AI de Google fait la une de la presse internationale. Blake Lemoine s’est non seulement rendu coupable d’avoir divulgué le contenu de ses conversations avec une intelligence artificielle, mais plus encore d’avoir provoqué un émoi général en affirmant que cette dernière vient d’accéder à une forme de « conscience autonome ».

Au-delà de cette déclaration erronée, de toute évidence motivée par un biais anthropomorphique, sinon pathologique, la résonance mondiale de cette affaire souligne déjà l’importance des révolutions logicielles à l’œuvre. Comme si notre espèce se préparait non seulement à l’avènement de golems numériques, mais se trouvait réduite à invoquer ces Deux ex machina d’un genre nouveau face à sa propre impuissance.

Ce qu’il convient désormais de qualifier d’« art génératif », soit la création d’images au moyen d’intelligences artificielles, implique un dialogue avec ces algorithmes avancés. Échange au cours duquel l’interlocuteur humain émet un vœu, selon son imagination et ses talents, à l’instar des personnages des contes orientaux interrogés par des génies sortis de leurs lampes à huile.

Autant de requêtes qui nourrissent la machine, lui permettant de se constituer une bibliothèque de références d’après nos souhaits. Or, c’est précisément là, au travers de ce dialogue « inter-espèces » d’un genre inédit, que l’occasion nous est donnée de contaminer ces systèmes informatiques par notre poésie et notre sens du merveilleux ; par l’irrationnel et les dimensions parallèles qui nous animent, dérives essentielles aux êtres sensibles que nous sommes.

En écho aux artistes, aux pirates des années 1970 et 1980 qui ont su détourner les outils électroniques et la micro-informatique, alors naissante, pour irriguer les marges culturelles de cette décennie séminale, il nous appartient – à notre tour – de nous emparer de ces technologies émergentes. De les détourner et les faire dérailler, loin des diktats de l’industrie du divertissement, vers des espaces encore méconnus et échappant à tout contrôle.

Les travaux présentés dans le cadre de cet ouvrage  s’inscrivent dans ces interstices, au cœur de ces zones d’autonomie temporaire, motivés par la joyeuse nécessité d’un « réenchantement du monde ». Par tous les moyens nécessaires, dont les arts et les sciences, afin d’opposer une forme de résistance créative à l’omnipotente quantification de nos réalités bousculées.

Mais aussi d’invoquer de nouvelles mythologies mutantes à la hauteur de la période charnière que nous traversons. Et, ce faisant, de conjurer le désarroi et les errances moribondes de notre civilisation post-moderne, égarée dans sa double rupture avec les notions de « sacré » et de « progrès ».

Pour renouer avec des traditions enfouies dans notre inconscient collectif et en dessiner d’autres horizons. Une topographie surréaliste, aussi imaginaire qu’infinie et symbolique, qui nous entraîne loin du cadre normatif de nos quotidiens, vers des vallées et des reliefs oubliés.

Loin de se limiter à une simulation lointaine et empruntée, ces digressions s’appuient sur d’innombrables promenades et aventures au fil des sentiers de traverse. Une déclaration d’amour aux pays perdus à l’écart des grandes artères, aux rites paysans et montagnards d’antan et de demain, aux contes et aux légendes de mon enfance nomade. Comme un appel à la magie et au fantastique, pour qu’ils jaillissent des brumes afin de nous apporter espoir, sourire et rêves en ces temps troublés.

Laurent Courau

© Laurent Courau

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